« Placer la France à nouveau en tête de la production des contenus culturels et créatifs ». Huitième objectif prioritaire présenté par le Président de la République pour inscrire la France de 2030 dans un destin dont la portée devra être internationale. Pour tenir ce rang mondial en termes de contenus, il importe en conséquence, que lesdits contenus possèdent un puissant capital d’exportation, c’est-à-dire des qualités propres pour être désirés dans d’autres aires culturelles que la nôtre. Si ce préalable s’énonce simplement, sa mise en œuvre, plus complexe, implique que nous envisagions avant tout de réinvestir notre « appareil de formation », la manière la plus opérante pour un pays d’accompagner ses transformations. Car produire de nouveaux contenus culturels et créatifs de manière massive – tant sur le plan quantitatif que qualitatif – implique que l’on forme en grand nombre des individus de tous les horizons sociaux et culturels afin de développer notre potentiel de talents envisagés dans la plus large diversité possible.
Les événements relatés ici se sont vraiment déroulés et les personnes décrites ont toutes existé même si quelquefois elles semblent avoir quelque(s) ressemblance(s) avec des personnages imaginaires qui, comme le cinéma, nous aident "à préserver notre foi dans nos désirs d’un monde éclairé, face aux compromis que nous passons avec la manière dont le monde existe..."
01 février 2022
France 2030, former et traduire pour relever le défi d’une nation créative
08 septembre 2021
La lecture, une grande cause nationale
Imaginez une école, un collège, un lycée, une université où, une fois par semaine au moins, tout le monde s’arrête, au même instant, sort de son sac un livre qu’il ou elle aime, et se plonge durant quinze minutes dans une lecture silencieuse. Ensemble, chacun son livre. Cette magnifique expérience de la lecture plaisir se généralise depuis trois ans, en Bretagne et ailleurs, et contribue comme jamais à nous réinventer comme un peuple de lecteurs. Façonner un temps pour lire ensemble, se resynchroniser dans ce moment de lecture silencieuse, découvrir le livre de son professeur et de tous les adultes de son établissement, cela se prolonge souvent par des discussions denses et profondes sur ce qu’on aime lire et ce qu’on aurait envie de partager ou de faire partager. Parfois, c’est l’envie d’aller à la rencontre de l’auteur du livre, une opportunité qui peut devenir projet si l’auteur est vivant et qu’il accepte de venir nous parler. L’envie crée l’envie lorsqu’au détour du livre on décide de découvrir un autre livre du même auteur, puis son œuvre, puis la place de cette œuvre dans l’histoire de la littérature. Lorsque le livre qu’on aime est adapté au cinéma ou dans une série, alors on prend goût à confronter le film au texte. On se forge un esprit critique. La pratique, la rencontre, les connaissances forment les trois piliers de ce que l’on nomme éducation artistique et culturelle (EAC).
03 juin 2021
L’Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle du Cnam pour suivre la première et la seule formation nationale niveau Master en éducation artistique et culturelle
Briser des murs, ériger des ponts
La création de l’Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle (Inseac) au sein du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) répond à la volonté conjointe des ministères de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, de la Culture et de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, du Conseil Régional de Bretagne, du Département des Côtes-d’Armor, de Guingamp-Paimpol Agglomération, de la Ville de Guingamp et du Conservatoire national des arts et métiers de déployer le premier lieu dédié à la formation, à la recherche à l’animation et la production de ressources en éducation artistique et culturelle (EAC).
Les formations de l'Inseac s'adressent aux étudiantes et étudiants, enseignantes et enseignants, artistes, médiatrices et médiateurs culturels, animatrices et animateurs socio-éducatifs et élues et élus locaux avec pour objectif l’accompagnement au développement des projets d'éducation artistique et culturelle et la création d’un environnement favorable à l’essor de l’EAC sur l'ensemble du territoire national.
A la rentrée universitaire de septembre 2021, l'Inseac ouvre deux formations accessibles en formation initiale et continue :
02 juin 2021
À propos de la généralisation du Pass Culture... Entretien
04 mars 2021
L'ÉDUCATION ARTISTIQUE ET CULTURELLE, principe actif et référence internationale des politiques culturelles (Extraits de la Postface de l'ouvrage coordonné par Eric Fourreau)
- s’assurer que l’EAC soit accessible à tous en tant que composante fondamentale et durable du renouveau qualitatif de l’éducation ;
- s’assurer que la conception et la transmission des activités et des programmes liés à l’EAC soient de grande qualité ;
- appliquer les principes et pratiques de l’EAC pour contribuer à relever les défis sociaux et culturels du monde contemporain.
L’expérience internationale de l’éducation artistique et culturelle, c’est avant tout une inflexion dans notre manière d’envisager les bonnes pratiques, point sur lequel Helena Maffli insiste lorsqu’elle cite les écoles hongroises, tchèques, slovaques ou bulgares, des écoles où la cohabitation entre musique « savante » et traditionnelle est pratiquée. Les traditions régionales et folkloriques sont enseignées avec une excellence pédagogique et connaissent un rayonnement exceptionnel, au même niveau que la musique ou la danse classique et parfois au-delà. Ainsi, en Bulgarie, la technique vocale particulière à ce pays et les traditions régionales sont enseignées aux enfants et aux jeunes dans les écoles. De fait, la prise de conscience de l’importance de l’EAC est parfois plus ancienne dans des pays où la politique culturelle est moins structurée qu’en France, pays où souvent de nombreuses initiatives privées ou associatives ont pu voir le jour, en commençant par la dynamisation consubstantielle de l’éducation. On compte parmi ces pays Belgique, Danemark, Norvège, Autriche, Malte et Irlande, où des organisations et des réseaux d’artistes et de structures culturelles ont été créés pour encourager l’EAC et mieux la valoriser. Que ce soit pour la richesse des corpus artistiques à faire connaître, au-delà des grands maîtres classiques européens ou des civilisations disparues, ou pour mener un dialogue avec d’autres pratiques qui peuvent la nourrir, l’éducation artistique et culturelle telle que nous la concevons en France en nous frottant aux expériences internationales gagne à poser à nouveau ses fondamentaux, surtout lorsque Emmanuel Macron, le président de la République, inscrit en tête de sa politique culturelle un pourcentage simple qui résonne bien plus qu’un simple slogan : le 100 % EAC. Une nécessité, un rappel à l’ordre, une convocation du sens des projets que nous menons en direction de notre jeunesse, des familles, des amis, des collectifs et des artistes qui font vivre l’art et la culture dans notre pays. En 2016, la France s’est dotée d’une charte pour l’éducation artistique et culturelle1en 10 points afin de rendre explicite en des mots simples son ambition qualitative qui, articulée à l’objectif 100 % EAC, est propre à réinscrire durablement notre art et notre culture dans notre histoire, une aventure de coresponsabilité entre tous les acteurs qui contribuent à construire et réaliser cette ambition. Cette coresponsabilité vers le 100 % EAC devrait bel et bien constituer l’alpha et l’oméga d’une nouvelle référence internationale, si elle parvient à donner à tous les mêmes bases, la même confiance en soi, pour que chacun puisse raconter une expérience esthétique commune dans laquelle il pourra inscrire l’histoire éclairée d’un citoyen du monde : la sienne.
03 mars 2021
NOSTALGIE DU VIDÉOCLUB, le temps des choix sans algorithme
02 mars 2021
L'EXHIBITION DES CICATRICES
16 novembre 2020
Les choses derrière les choses qui sont derrière…
Derrière l’excellence scolaire en Bretagne, une fierté, partagée,
Derrière cette réussite, parfois, des oubliés,
Derrière ces oubliés, des interrogations, toujours les mêmes,
Derrière ces interrogations, des inquiétudes,
Derrière ces inquiétudes, des projets,
Derrière ces projets, une véritable lutte contre la reproduction des inégalités,
Derrière cette lutte contre les inégalités, une socialisation par les arts et la culture,
Derrière cette socialisation, jamais plus d’oubliés,
Derrière cette socialisation, une éducation artistique et culturelle pour tous,
Derrière cette éducation artistique et culturelle, le partage des codes de l’être ensemble,
Derrière ces codes de l’être ensemble partagés, un nouvel espoir,
Derrière ce nouvel espoir, un nouvel esprit,
Derrière ce nouvel esprit, une bienveillance qui ne se paie pas de mots,
Derrière cette bienveillance, une promesse d’avenir,
Derrière cette promesse d’avenir, un horizon,
Derrière cet horizon, un territoire qui fait sens,
Il faut toujours regarder les choses qui sont derrière les choses qui sont derrière,
La Bretagne est une terre ludique où l’on sait bien cela depuis toujours,
L’éducation artistique et culturelle y devient une boussole révélatrice de tous les talents,
Ce n’est pas les talents pour eux-mêmes qui sont une richesse, c’est la manière dont on sait les reconnaître qui compte,
La Bretagne est cette terre de la reconnaissance de tous les parcours où, à l’instar de Pythagore, l’on sait bien qu’un homme n’est jamais si grand que lorsqu’il est à genou pour aider un enfant.
15 novembre 2020
L'ÉDUCATION ARTISTIQUE ET CULTURELLE, un moyen essentiel pour contrer les inégalités invisibles
21 octobre 2020
Discours d’hommage à Samuel PATY prononcé à Rennes le 21 octobre 2020
Mesdames et Messieurs,
Chers collègues,
Chers amis,
S’il est une chose que tous, nous avons en commun, c’est bien le souvenir d’un professeur qui a marqué notre vie, voire qui a changé le cours de celle-ci. En ce qui me concerne, je pense que je n’aurais jamais été devant vous à prononcer ce discours si je n’avais pas rencontré Paul Veyne, grand historien spécialiste de l’histoire romaine. Paul Veyne m’a tout autant marqué par sa verve, sa liberté d’esprit, son affranchissement avec les conventions universitaires que pour ses textes, ses mots. « La réalité – écrit-il - est plus forte que toutes les descriptions qu’on peut en donner ; et il faut avouer que l’atrocité, lorsqu’on la vit, dépasse toutes les idées qu’on pouvait s’en faire. En revanche, quand il s’agit de valeurs ou de croyance, c’est le contraire qui est vrai : la réalité est très inférieure aux représentations qu’elle donne d’elle-même et aux idéaux qu’elle professe ». Je pense que ces mots font aujourd’hui particulièrement sens, ici et maintenant.
Car oui, nos professeurs, tous les professeurs de France, enseignent non seulement des connaissances, ils incarnent, dès le premier jour où ils franchissent le seuil de la salle de classe, ces idéaux et ces valeurs qu’il professent, ces idéaux et ces valeurs qui, non seulement guident leurs actions, mais sont souvent des idéaux ou des valeurs auxquels ils ont recours lorsqu’il leur arrive de douter comme tout un chacun, de douter lorsque surgit une question à laquelle nous ne nous attendions pas, de douter lorsque nous sommes pris dans le fil d’un échange où les mots semblent nous manquer… Curieux monde qui attend de nous que nous soyons performants tout le temps, que nous ayons des réponses à chaque question quelle que soit la manière dont elle se formule, curieux monde où l’on espère malgré tout exister en tant qu’individu pour et à travers toutes les facettes de ce que nous sommes ou de ce que nous pensons être, curieux monde bien étrange parfois, où les coachs de développement personnel font fortune et où leurs livres qui prétendent nous apprendre à gérer nos émotions et nos vies occuperont bientôt plus de place dans nos librairies et nos surfaces culturelles que la littérature, les ouvrages scolaires ou universitaires, la bande dessinée, les livres d’art ou de culture. Ce monde, notre monde, est celui où chacun semble être dans son couloir de nage sans se soucier de savoir où en sont ceux qui nagent dans le couloir d’à côté. Ce monde, notre monde, est celui où l’on est obligé de rappeler que l’obligation de scolarité n’est pas une contrainte mais un horizon de socialisation positif pour apprendre l’une des choses les plus précieuses que nous enseigne l’École de la République : l’ouverture vers les autres, le vivre et l’être ensemble, sans espèce de distinction pour celles et ceux qu’elle accueille, d’où qu’ils viennent, quel que soit leur milieu, leur culture, leur religion, leur aspirations, leur orientation sexuelle ou politique. Une autre historienne Mona Ozouf décrit bien cette école comme le cœur de l’entreprise républicaine, le temple neuf d’une humanité libérée de Dieu où on professe la perfectibilité indéfinie et la prise de l’homme sur son destin. « Certes - ajoute Mona Ozouf -, ma petite école de Plouha au cœur de la Bretagne n’usait pas de termes aussi vastes ; elle n’en délivrait pas moins la même promesse ».
Dans les différents portraits qui sont faits aujourd’hui d’un autre historien, l’homme dont nous honorons ce soir la mémoire, j’ai l’impression de reconnaître chaque professeur, c’est-à-dire la manière dont chaque professeur, par-delà son enseignement, incarne les valeurs qui nous réunissent, ces promesses dont parle Mona Ozouf, et vis-à-vis desquelles lorsqu’elles leur sont transmises, les élèves, nos enfants, nous sont toujours reconnaissants. Ainsi donc, Samuel PATY est-il décrit par ses élèves comme un professeur atypique. Les élèves se souviennent d’un professionnel « investi dans son travail, discret, tout en étant proche de ses élèves ». Un lycéen explique qu’il n’a jamais oublié les jeans de Monsieur Paty, ses chemisettes roses à manches courtes, son écriture en pattes de mouches et ses cours sur la Révolution française, mais surtout les débats qu’il lançait lors des cours d’éducation civique. « Il nous invitait, il faisait en sorte qu’on n’ait pas un avis tranché. Il ne s’agissait pas de répéter, mais on devait préparer des arguments. C’est l’enseignant qui m’a montré la voie ! ». « Tous les vendredis, il faisait une petite blague à ses élèves pour qu’ils partent en week-end dans la bonne humeur ». « Et, Quand vous arriviez en retard, vous n’étiez pas à l’abri d’une vanne bien placée ». Au-delà de sa bonne humeur, c'est sa bienveillance qui a marqué les esprits. « Il était plein de bonnes intentions, c'était un gentil, un humaniste, détaille une ancienne élève au Bois d'Aulne. Il était attentif aux problèmes de chacun. Que cela concerne les enseignements ou nos problèmes personnels quand on lui en faisait part ». Une collégienne harcelée pour son orientation sexuelle témoigne : « Ma scolarité était une horreur. Mais grâce à monsieur Paty, c'était moins le cas ». Prévenu des attaques dont elle était la cible, le professeur lui propose de rester dans sa classe à la récréation. « Il m'a évité pas mal de problèmes ». Lui, de toute façon, doit y rester, lui dit-il, il a des « copies à corriger ». En vérité, il passera de longues récréations à l'écouter, à dénouer les angoisses qui pourrissent les nuits de la jeune fille. « Il était très préoccupé par mes problèmes, mais avait toujours de bons conseils. Toujours les bons mots, raconte-t-elle. Par la suite, quand il entendait une remarque agressive contre moi en cours, il intervenait immédiatement pour me protéger ».
Nous nous reconnaissons toujours dans les personnes à qui nous rendons hommage, le temps de l’hommage, bien sûr, et souvent au-delà de ce temps. Nous parlerons, bien sûr, de Samuel Paty le 2 novembre, durant cette journée de rentrée qui aura une consonance si particulière. Nous nous disons tous qu’il faudra nous souvenir, qu’il faudra tirer les leçons de tout cela et puis, nous continuerons, nous devrons continuer, chaque jour, sans le lyrisme des discours, simplement parce que nous savons que le respect de l’autre donne tout son sens à nos missions de service public, où la lutte contre toutes les inégalités et toutes les formes de discrimination reste notre plus bel horizon. Peut-être nous nous regarderons débattre, peut-être trouverons-nous parfois ces débats un peu vains au regard des réalités qui sont les nôtres. Peut-être nous interrogerons-nous sur le sens de l’égalité pour tous, sur ce que nous appelons la fraternité. Peut-être nous dirons-nous que ce n’est pas une ligne de plus dans une circulaire, ni un mur plus haut de quelques centimètres pour clôturer l’école, qui nous protégera. Car ce que nous enseignent nos professeurs, c’est bien cela, qu’il ne s’agit pas de défendre nos valeurs, armés d’un vocabulaire guerrier, mais bien de faire vivre au quotidien ces valeurs, l’égalité, la fraternité, la liberté, la laïcïté qui ne sont jamais des abstractions à l’École, car nos écoles, nos collèges, nos lycées, nos universités sont tous bel et bien des petites républiques. Nos valeurs non seulement s’y matérialisent ; mieux : elles s’y transmettent, elles s’y partagent, elles s’y chantent aussi. On y pense et puis parfois, on oublie… Je vous remercie toutes et tous, d’être venus ce soir rendre hommage à Samuel Paty, et, à travers cet hommage, à tout ce que nous croyons tous : le pouvoir singulier et profond que recèlent notre faculté d’apprendre tout comme celle d’enseigner. N’oublions jamais cela lorsqu’il nous faudra à notre tour raconter cette histoire. Ce pouvoir d’apprendre et d’enseigner est le plus beau qui soit, car c’est le seul qui, sans doute, nous permet – encore et encore – de croire autant en nous-mêmes qu’en nos idéaux. Vive la République ! Vive la France !
Académie de Rennes, 21 octobre 2020, 19 h







