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15 avril 2020

À propos de l’annulation des Festivals : quelles conséquences pour le public ?

Ce n’est pas la première fois que des festivals sont annulés, mais c’est la première fois qu’ils le sont tous en même temps et durant la même période pour des raisons relevant d’une crise sanitaire, donc pour une raison qui ne suppose pas le débat mais un respect et une citoyenneté qui ne se paient pas de mots. En ce qui concerne les publics, peu de conséquence à prévoir donc sur leur fidélité qui restera acquise aux institutions qu’ils fréquentent depuis longtemps. C’est du moins ce que sous-tendent tous les retours qui nous reviennent des publics des « grands » festivals d’été. Cependant, les spectateurs habitués nous font comprendre qu’ils sont très attentifs aux manières d’annuler, aux discours institutionnels des festivals et de leurs responsables. Pourquoi très attentifs ? Parce que ce sont précisément des festivals culturels et artistiques et que ces derniers sont porteurs de valeurs éthiques et morales. On entend dans leurs mots et dans leurs discours, la manière dont ils se situent et font vivre les valeurs de solidarité, de compréhension, d’humanité.
De fait, les publics sont eux-mêmes très compréhensifs vis-à-vis des artistes et des intermittents du spectacle, des créations et des arts qu’ils cultivent et retrouveront les lieux de représentations si leur propre pouvoir économique n’est pas remis en questionTout est lié. Et c’est parce que tout est lié que l’attention aux valeurs et aux positionnements des uns et des autres sont si singuliers en ce moment. Il n’y a de festivals irresponsables face à la solidarité nécessaire que nous vivons tous. Après la stupeur, le déni et la compréhension, tout le monde comprend bien le sens de la réinvention utile de nos pratiques et de la sociabilité qu’elles supposeront demain pour les festivals, bien sûr, mais pour l’ensemble de leurs partenaires dont font évidemment partie les publics de la culture.
Demeurent des questions plus philosophiques et anthropologiques liées à la vie, à la « carrière » des spectateurs et des publics d’aujourd’hui : pour beaucoup les festivals sont des rendez-vous qui rythment la vie sociale des pratiques culturelles annuelles. Ce n’est pas simplement rater une séance ou une soirée, mais quelque chose qui correspond aux saisons, aux éditions, à ce qui constitue « l’identité » même des spectateurs. Pour certains cela aurait été une première fois, pour d’autres d’ailleurs, une dernière fois. Cette question du renouvellement des publics sera reposée à nouveau, en d’autres termes, avec d’autres enjeux qui dépendront de la manière dont nous saurons nous repenser la question de la transmission et de l’éducation dans les mois qui viennent. Il ne faut surtout pas oublier qu’au-delà de leur programmation, les festivals sont surtout des lieux de rencontres et de confrontation depuis lesquels on prend plaisir à se repenser - ensemble - depuis les représentations du monde que nous offrent les artistes. En ce sens, les festivals sont devenus, en quelque sorte, de véritables outils d’éducation artistique et culturels tout au long de la vie : pratiques, rencontres et consolidations de notre connaissance du monde. Cette dimension, invisible mais redoutablement efficace, prendra sans nul doute tout son sens dans les années à venir. De fait, l’annulation fonctionne comme un «supra-événement» qui marquera et devra, elle aussi, être intégrée à sa manière la mémoire des publics et leur désir de reprendre le chemin des festivals (*).
 
(*) Les étudiants du Master Culture et Communication de l’université d’Avignon et leurs enseignants chercheurs ont ainsi mis en place une veille des « annulations », sur la communication qui accompagnent cette dernière, sur les stratégies de l’après et sur le sens inhérent aux discours qui accompagnent sur la durée la manière dont l’avenir se repensera aussi depuis des événements qui n’ont pu avoir lieu..