08 mars 2017

KONG SKULL ISLAND, là où il n'y a que la taille qui compte...


Non King Kong n’est pas une figure de la puissance masculine ou une représentation d’une sexualité animale comme l’ont imaginé trop souvent la plupart des critiques qui ont commenté le film dans ses multiples versions. En effet, étant donné la taille de l'animal, on se aurait du mal à poser concrètement la question de sa véritable sexualité. Notre représentation stéréotypée nous le laisse entrevoir au masculin, mais il n'y a rien en réalité qui traduise son genre. Il n'est jamais perçu en situation sexuée – ou sexuelle - dans les films sauf dans une des suites qui lui a inventé une compagne à sa taille. Kong est un roi, mais vous pourriez l'appeler Queen Kong que cela ne changerait rien au propos. Ce n'est pas son genre qui importe mais bien sa taille qui compte. De fait, Virginie Despentes qui a écrit «King Kong Theorie» n'a pas tout à fait tort d'imaginer que le géant singe serait une métaphore de la sexualité avant la distinction des genres, une sorte de figure androgyne sans stéréotype de sexe. Nous sommes nous tous ses poupées, car oui, Kong joue à la poupée. Dans les précédents films sur King Kong (il y en a eu 7 entre 1933 et 2005), l’histoire est sensiblement la même. Beaucoup ont vu le personnage féminin caricaturé en une jeune femme blanche belle et naïve, une apparente victime de la domination masculine. S’il est vrai que la philosophie est la même elle traduit pourtant précisément l'inverse. Face aux armes, aux épreuves de force, c'est bien le triomphe d'une femme qui domestique avec une finesse et une habileté non feinte le Kong. Elle comprend qu'avec cet être démesuré, c'est à un autre inconnu qu'il faut faire face et que faire face, c'est être dans le donnant, donnant. Mais j'insiste, on pourrait fort bien interpréter le personnage qui intéresse Kong par un homme sans que cela ne change pas grand chose puisqu'il est impossible d'avoir des relations sexuelles avec les petits humains. Kong aujourd'hui traduit la crise des genres ni plus, ni moins et relativise notre position vis à vis de la vie animale et à ce que doit être notre place dans le vivre ensemble en milieu clos - ici sur une île - isolée du reste du monde. Nous ne sommes pas dans Jurassic Park. Les hommes et les femmes viennent sur cette île et ne survivent que s'ils pensent une adaptation qui passe par d'autres repères culturels et sociologiques que ceux qui régissent notre modernité. 

Néanmoins, c’est grâce à l’amour de la femme que finalement le géant animal va s’humaniser. C’est le mythe de «La Belle et la Bête». Car, en relisant la belle et la Bête, on s’aperçoit qu’en réalité ce n'est pas l'amour qui triomphe, mais tout d'abord la culture : la Bête et La Belle doivent d'abord partager un langage commun, plus encore une culture commune. La bizarrie de Belle dans son propre monde n'est pas d'être Belle mais d'être une femme qui lit ! Et c'est cette lecture qu'elle va d'abord partager avec la Bête ! L'amour est éminément culturel. Au reste comme dans le récent Starwars - Rogue One- on montre plus que jamais des femmes aussi investies dans l'action et le pouvoir que l'était la princesse Leia, jumelle de Luke Skywalker. La pub Always montre comment s'instruisent les stéréotypes, et ici, la survie concerne de la même manière les uns et les autres dans un monde où l'alpha est défini par l'altérité de Kong. Nous sommes sur son royaume. King Kong nous présente surtout une façon de coopérer entre hommes et femmes, là est la véritable nouveauté. 

Dans ce dernier film de King Kong, l’héroïsme en soi n'existe pas et caractérise par une qualité quelqu'un qui va se révéler par l'aventure. L'héroïsme nous révèle d'abord à nous-mêmes puis ensuite aux autres. Le Cid de Corneille était un piteux escrimeur mais son héroïsme dépasse autant sa maladresse que ses petites lâchetés pour le consacrer en héros. L'héroïsme, c'est notre processus de transformation que nous offre une posture sociale remarquable pour être le premier ou la première dans un cadre donnée comme Erin Brokowich, le temps d'un combat, d'une lutte.  C’est pourquoi les représentations sont essentielles, mais pas uniquement pour ce sujet, on peut en ce sens revoir le très beau film d'Amenabar Agora sur la première femme philosophe. Ces représentations non sexistes doivent circuler absolument pour nous réaliser dans nos vies car non une femme n'atteindra pas son "rêve" quand elle trouve un bon métier là où un homme réaliserait lui ses "ambitions". Le cinéma est un reflet dans lequel on peut retrouver les mentalités d'une époque avec une légère anticipation de ce que risque de devenir le monde. Je parle là des films qui nous marquent parce qu'ils nous "parlent". 

02 mars 2017

CARTE CINÉ ILLIMITÉE: Dites-moi comment vous l'utilisez, je vous dirai qui vous êtes... Un entretien avec Claire Barrois et Inès Chapon pour le quotidien 20 minutes

Grâce à la carte, on peut tout voir

L’illimité, ça ouvre le champ des possibles, et rien que ça, ça veut dire beaucoup. Le système de forfait évite, par exemple, à Morgane, une internaute de 20 Minutes, de limiter ses sorties à cause du prix de la place : « Avec mon copain, nous avons une carte pass duo Gaumont pour aller au cinéma à deux en illimité. On voit environ un film par semaine depuis un an. Il nous est arrivé d’avoir des périodes où nous n’y allions pas pendant plusieurs mois, mais, même avec ces périodes de creux, on est gagnant financièrement. »
Pour Emmanuel Ethis, recteur de l’académie de Nice, professeur de sociologie du cinéma à l’université d’Avignon, la potentialité n’a pas de prix. « Posséder une carte de cinéma illimité projette une représentation qu’on se fait de nous-mêmes, explique l’auteur de Sociologie du cinéma et de ses publics (Ed. Armand Colin, 2014, 3e édition). On apparaît comme des cinéphiles avant même d’être allé au cinéma. Cette carte, matérialisée dans le portefeuille qui plus est, nous apparaît comme un doudou, un objet rassurant. »

Grâce à la carte, on peut partir quand on veut
Autre pouvoir de la carte, celui de profiter d’un film à sa guise : en théorie, aucun problème pour voir 15 fois La La Land sur lequel on a flashé, ou pour avoir osé ne passer que 5 minutes en salle pour toutes les suites de comédies françaises sorties en 2016. Pas d’obstacle non plus à aller voir tout ce qui sort. D’autres ont trouvé un emploi complètement différent à leur carte illimitée. Certains s’en servent pour utiliser les toilettes du cinéma, d’autres parce que les fauteuils confortables plongés dans le noir sont idéaux pour faire la sieste.
C’est le cas de Maxime. « J’utilise ma carte à 90 % pour aller voir des films qui me plaisent, mais quand j’ai vraiment envie de dormir, je choisis un film qui ne fait pas appel à mes neurones ni à ma concentration, Cet été, je suis allé voir plusieurs fois Camping 3 par exemple. Mais un film d’art et d’essai peut être encore mieux, parce que je sais que je ne vais pas me faire réveiller par de la musique trop forte. » Pas de problème non plus pour ne voir qu’une heure d’un film quand il a peu de temps, quitte à y retourner s’il a aimé.

Avec la carte, on revient presque tous à nos vieilles habitudes
« Le mot "illimité" a un pouvoir marketing magique, quand il est inscrit sur une carte, on se dit qu’on peut tout faire avec, explique Emmanuel Ethis. Les statistiques [tenues secrètes par les exploitants] montrent que les premiers mois entraînent une utilisation saturée, un rythme effréné. Puis les gens sont rattrapés par le temps et reviennent à la base de leur pratique. » La raison ? Difficile de se prendre de passion pour les films d’auteur quand on aime les films d’action américains ou de se mettre à ne consacrer ses soirées qu’au cinéma quand on sort beaucoup, sous prétexte qu’on ne paie pas pour y assister.
Antoine en est la preuve vivante. A 28 ans, il vient de retrouver un emploi. « J’ai pris une carte quand j’étais au chômage, car j’avais beaucoup de temps libre, raconte le jeune homme. Mais depuis quatre mois, je n’ai pas remis les pieds dans un cinéma. Je sais que je devrais l’annuler pour ne plus payer pour rien, mais je crois toujours que je vais retourner au cinéma le mois suivant et rentabiliser mon abonnement. »
Lancées au moment de l’explosion du téléchargement illégal au début des années 2000, les cartes illimitées ont permis aux exploitants de faire face à une concurrence importante avec un dispositif financièrement attractif. « Mais la carte illimitée change peu la structure du public, estime Marc Filser, professeur de gestion à l’IAE de Dijon. Elle peut inciter à des pratiques plus intenses, l’abonnement permet également une sensibilisation du public déjà concerné, mais elle ne permet pas vraiment de capter des nouveaux publics qui n’allaient pas au cinéma auparavant. »